Exposition au Leica Store Genève jusqu’au 5 juin, avec un vernissage le 3 juin en présence du photographe et de l’auteur des textes, Serge Desarnaulds (lecture à 18h30).

 

Exposition, film, livre. C’est un triptyque efficace et sensible à la fois que Denis Ponté  consacre aux personnes d’Afrique rencontrées dans leur pays d’origine ou en Espagne, terre d’asile pour certains d’entre eux. Un Leica M en bandoulière et deux optiques: il n’en faut pas davantage à ce professionnel aguerri pour exprimer toute l’humanité qui l’habite et toucher avec force ceux qui découvrent ses images.

Il est des projets qui en entraînent d’autres. Qui déroulent un fil invisible mais parfaitement cohérent. Il y a quelques années, Denis Ponté part en Afrique de l’Ouest afin de réaliser un reportage sur des personnes sourdes. Des routes du Burkina Faso, il passe à celles de Côte d’Ivoire et s’immerge à Abidjan. Il découvre alors, fasciné, les habitants et les artisans d’une seule et même avenue de cette capitale bouillonnante, trois semaines durant.

Un monde où la débrouillardise s’impose à tous, où demain n’existe pas. Seul compte aujourd’hui, le savoir-faire des artisans s’avérant un précieux sésame pour s’en sortir. Curieux paradoxe: alors même qu’en Europe cet homo artifex – artisan créateur qui pratique son métier avec art – disparaît peu à peu, il s’épanouit en Afrique. Le Leica M du photographe genevois, équipé d’un Summilux-M 24mm f/1.4 ASPH, sait se faire discret, assure une qualité d’image fidèle à la réputation de la marque de Wetzlar et distille au fil des rencontres des photos puissantes.

Puis, à l’invitation d’une fondation, Denis Ponté réside six mois à Valence. C’est là qu’il rencontre fortuitement Idris, un Africain, voiturier improvisé dans un parking. Denis Ponté ne lui donne pas un sou pour sa prestation, mais l’invite à dîner le soir de leur rencontre. La découverte du parcours de vie de ce migrant le bouleverse. Il ressent immédiatement le besoin d’ajouter une voix à l’image et décide sur le champ de filmer son interlocuteur avec son fidèle Leica M (Typ 240), premier boîtier de la gamme permettant l’enregistrement d’images vidéo.

Homo artifex est né ainsi, mêlant habilement des tirages d’exposition, un film ainsi qu’un livre. Le photographe genevois porte, grâce à ces médiums complémentaires – des regards croisés sur l’Afrique et ses habitants, arpentant leur terre natale comme celle, fantasmée, du continent européen. En toile de fond, le questionnement légitime sur la migration, traité avec beaucoup de sensibilité, loin de toute morale et de solutions simplistes.

« Grâce à Idris, j’ai rencontré quatre autres migrants venant du Cameroun, de Côte d’Ivoire, du Libéria et de la Guinée-Conakry. Autant de destins que le film met en lumière, avec pour point commun d’avoir eu l’Europe en ligne de mire. Que ce soit via les îles Canaries, Gibraltar ou encore Ceuta, peu importe; il leur a fallu traverser le désert et la mer pour accéder à leur rêve », souligne Denis Ponté.

Autant de témoignages poignants livrés à la première personne et en espagnol, sous-titrés en français, démontrant s’il le fallait la volonté d’intégration des cinq jeunes hommes rencontrés. Les images vidéo, tournées grâce à un Macro-Elmar-M 90mm f/4, s’avèrent aussi puissantes que dépourvues de tout artifice. Un aspect brut qui fait écho à la dureté du sujet abordé et à la volonté du réalisateur de laisser au spectateur le soin de se forger sa propre opinion sur cette thématique sensible.

« J’ai été très surpris de voir à quel point il y a de la compassion pour les migrants lorsqu’ils arrivent dans des conditions extrêmement difficiles. Mais dès leur installation, le regard de certains change: le racisme et la haine ne tardent pas à apparaître. » Emouvoir, questionner, faire réagir: à voir les yeux rougis des spectateurs à l’issue de la projection du film et de l’exposition, nul doute n’est permis: Denis Ponté touche autant à l’oeil qu’au coeur.

Biographie

Né en 1964, Denis Ponté est un photographe animé par des convictions fortes. Plusieurs de ses ouvrages en témoignent: Left for dead, Au bord du monde, Histoire de vivre, et plus récemment Face à elle. Pas étonnant dès lors qu’il affectionne particulièrement le portrait, en studio ou en situation, lors de voyages. Outre ses projets photographiques propres, il répond à des mandats institutionnels et dispense son art à l’Université de Genève notamment.

www.homo-artifex.eu

www.ponte.pro